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Le 5/1/2010, 21:44
Google, Akamai, At&T : Nous sommes des organes visqueux sans intelligence

en juillet 2004, Patrick le Lay, alors Président de TF1, se retrouvait mis au pilori pour une phrase courte et simple, légèrement extraite de son contexte, mais désormais célèbre :
« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » (cf wikipedia)

Et bien, aujourd’hui, j’ai beaucoup mieux pour vous, et cette habitude de langage, qui est jusqu’à ce jour totalement inaperçu, mérite quand même une belle publicité ...

D’après-vous, comment les fournisseurs d’accès à Internet et fournisseurs de contenus appellent les Internautes ?

Je vous laisse deviner ...

Le 11 décembre dernier, j’ai participé à la 15e réunion des opérateurs Internet de France, qui avait lieu, sous le nom de FRnOG 15, à l’hôtel concorde lafayette, à Paris.

C’est en entendant Google, Akamaï et quelques autres opérateurs parler de leurs clients que j’ai eu la puce à l’oreille.

Une expression, désignant les Internautes, revenait souvent dans l’anglais de ces acteurs majeurs de l’Internet mondial. Mon anglais est d’habitude plutôt bon, mais là j’avais un doute sur le mot que je comprenais ... tellement ce dernier me paraissait impossible ...

Mais la vérité est souvent crue, et les américains (de Akamaï ou Google) ne nous ont pas habitués à faire dans la dentelle ... c’était donc la triste vérité. Les fournisseurs d’accès à Internet et fournisseurs de contenus mondiaux appellent les internautes : eyeballs

oui, pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais, c’est un mot qui se traduit par "globe oculaire" ...

joli non ?

Quand à prouver mes dires, c’est assez simple : cherchez eyeball + un terme associé à internet (Internet, Akamai, Google, AT&T ...) dans votre moteur de recherche préféré

Quelques références :
- Serving the “Eyeballs”
- Akamai press release
- Même les études de l’ACM s’y mettent
- The Battle for Internet Eyeballs

Donc là où Patrick Le Lay s’est fait honnir et bannir pour avoir comparé ses clients à du temps de cerveau, les opérateurs et fournisseurs de contenus nous comparent à des globes oculaires !

Finalement, M Le Lay avait au moins la décence de prêter un cerveau à ses clients, nos opérateurs Internet actuels ne l’ont même plus.

Eyeballs & Eardrums vs Internet Libre

Mieux, quelques jours plus tard, je tombais sur un article expliquant que google se lançait dans l’indexation de contenus audio, et qui disait, en substance (traduction libre) : "google veut des pavillons d’oreille, pas seulement des globes oculaires" :)

Beau programme n’est-ce pas ? Mais toujours ni cerveau, ni bouche, ni mains tapant au clavier, dans la ligne de mire de nos chers opérateurs ...

Du minirezo aux blogs, des autohébergés à wikileaks ...

Car l’Internet dans lequel je suis né, vers 1997, n’est pas celui de TF1, YouTube ou Facebook, qui exploitent à tout va vos données pour vendre leurs publicité. C’est un Internet de jeunes ingénieux farouchement indépendants. On trouvait les sites persos sur Mygale, puis Altern, le Minirezo et Uzine, les premiers sites de publication collaborative etc.

Aujourd’hui, tout cela a bien explosé : on peut trouver sur Internet des millions de blogs personnels, de sites auto-hébergés indépendants, de structures de partage de connaissance à la wikipedia, de sites de divulgation d’information à la wikileaks, et autres forums d’entraide en tout genre.

Et c’est cet Internet là qu’il faut défendre bec et ongle. Quand bien même les personnes qui publient sur Internet sont minoritaires, et bien plus nombreux les eyeballs et eardrums, ces internautes représentent une force de publication et de médiatisation, bref, de changement du monde, sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Si Gutemberg nous a permis de lire, Internet nous permet d’écrire.

Donc internautes "yeux" ou "oreilles", prêtez l’oreille aux voix dissonantes et discordantes qui passent sur la toile, fouillez au-delà des apparences, quittez parfois vos sites habituels pour chercher autre chose : le jeu en vaut clairement la chandelle, et cet abus de liberté ne nuit en rien à la réflexion, bien au contraire.

... ou au Minitel 2.0

Pour finir, il est grand temps de voir, ou revoir, la vidéo de Benjamin Bayart, qui expliquait aux amateurs de logiciels libre réunis lors des rencontres mondiales du logiciels libre d’Amiens en juillet 2007, que nous avions créé Internet, et qu’il était temps de le reprendre en main ...

Pour voir la conférence, rendez-vous sur la page correspondante du site de FDN : Internet libre ou Minitel 2.0 ?