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Le 3/8/2012, 16:26
Moglen à Re:Publica : défendre notre liberté de penser exige des médias libres.

Il y a quelques semaines de cela, un ami m’a montré la conférence du professeur Eben Moglen, avocat de Philippe Zimmermann (créateur de PGP), fondateur du Software Freedom Law Center, et professeur de droit à l’université de Columbia, ainsi qu’un fervent défenseur des libertés.

J’ai trouvé cette conférence si profonde, dense et vraie que j’ai alors commencé à la partager avec mes amis. Cependant, nombre d’entre eux ne sont pas assez réceptif à l’anglais oral pour pouvoir bien comprendre la densité des propos de M Moglen. J’ai alors décidé de produire de beaux sous-titres pour cette vidéo. Les voici ...

Regardez, partagez, contribuez

Vous pouvez voir cette vidéo ci-dessous (elle dure environ une heure, y compris les très intéressantes questions/réponses), et vous pouvez la télécharger soit au format OGV, soit au format MP4, si vous voulez la regarder hors-ligne. Je l’ai transcodée pour obtenir un fichier plus petit que l’original (qui fait 700M en haute définition), afin que vous puissiez le télécharger facilement. Bien entendu je vous invite à le partager avec vos amis.

J’ai écris ce sous-titre dans le métro et le bus parisien, petit à petit, jusqu’à obtenir quelque chose de sympathique, et je peux vous garantir que cela a pris du temps !

Le sous-titre original en anglais que j’ai produit de cette conférence a ensuite été collaborativement traduit par Aka, Nebu, Vincent et Alban, qui ont valeureusement traduit et relu l’intégralité de cette conférence ! Merci beaucoup à eux !

N’hésitez pas à partager votre vision de cette formidable conférence.

Et alors, cela parle de quoi ?

Dans cette conférence, Eben Moglen nous parle de la liberté de pensée, comment elle a évolué de la Rome Antique à nos jours, à travers la religion chrétienne, les révolutions, l’histoire du Livre et du droit de lire en privé. Il nous parle ensuite d’Internet, comment il a connecté l’humanité en une entité unique. Partant de la liberté de pensée, il nous explique ensuite comment le gouvernement américain, les grandes sociétés et d’autres régimes politiques ont tenté de supprimer de nos sociétés la "lecture anonyme", afin de pouvoir exploiter les données ainsi produites, et nous vendre le bon produit au bon moment, et aussi pouvoir à nouveau punir les pensées non-orthodoxes. Bien entendu, Apple & Facebook ont leur responsabilité dans cette situation, et Eben Moglen ne les oublie pas. Enfin, il nous parle des media, comment ils ont aussi envie d’exploiter les gisements de données, de faire de la magie avec nos informations personnelles, du "datamining", et pourquoi ils ont intérêt à surveiller massivement notre vie quotidienne. Les questions de cette conférence sont aussi très intéressantes : Ils nous présentent quelques ONG de part le monde, qui protègent et défendent la liberté de pensée selon Eben Moglen, et la question des universités est aussi abordée.

Vous pouvez donc imaginer que cette conférence est riche et dense, et je vous encourage donc à nouveau à l’écouter, la télécharger et la partager.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la conférence, afin de vous permettre de retrouver toute phrase ou passage qui vous intéresserait particulièrement.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à l’écouter que j’aurais eu à la partager !

Télécharger cette vidéo :

- Format OGG avec sous-titre incrustés
- Format WEBM avec sous-titre incrustés
- Format MP4 avec sous-titre incrustés (déconseillé, mais souvent le seul format supporté par vos tablettes et smartphones)


Pourquoi la liberté de pensée exige des médias libres ?

version en Français par Aka, Nebu, Vincent, Alban, Benjamin.

Bonjour.

C’est un plaisir d’être ici, et un honneur d’être à Re:publica.

Depuis maintenant mille ans, nos ancêtres se sont battus pour la défense de la liberté de pensée. Nous avons subi des pertes immenses, mais aussi remporté d’immenses victoires. Et nous sommes aujourd’hui à une époque charnière.

Depuis l’adoption de l’imprimerie par les européens au 15e siècle, nous étions essentiellement concernés par l’accès au livres imprimés. Le droit de lire, et le droit de publier étaient les principaux sujets de notre combat pour la liberté de pensée ces 500 dernières années. La principale inquiétude était celle de pouvoir lire en privé, et penser, parler et agir sur la base d’une volonté libre et non censurée.

Le principal ennemi de la liberté de pensée, au début de notre combat, était l’Église Catholique Universelle. Une institution basée sur le contrôle des pensées dans le monde Européen, fondée sur une surveillance hebdomadaire de la conduite et des pensées de tout être humain. Basée sur la censure de tout matériel de lecture et finalement basé sur la faculté de prédire et punir toute pensée non-orthodoxe. Les outils disponibles pour le contrôle des pensées à l’aube de l’Europe moderne était pauvres, même selon nos standard du 20e siècle, mais ils marchaient. Ainsi, pendant des centaines d’années, la lutte était concentrée sur le premier objet industriel de masse, à l’importance croissante dans notre culture occidentale : "le livre". Selon que l’on pouvait l’imprimer, le posséder, le vendre ou le lire, apprendre avec lui, sans l’autorisation ou le contrôle ou le contrôle d’une autorité ayant le pouvoir de punir les pensées. À la fin du 17e siècle, la censure de l’écrit en Europe a commencé à craquer, a commencé à craquer, tout d’abord en Hollande, puis au Royaume-Uni, et enfin, par vagues, à travers toute l’Europe. Et le livre devint un article de commerce subversif, et commença à grignoter le contrôle des pensées.

À la fin du 19e siècle, cette lutte pour la liberté de lecture commença à attaquer la substance même du christianisme et le monde européen trembla sous les coups de la première grande révolution de l’esprit, qui parlait de "liberté, égalité, fraternité" mais qui signifiait en fait "liberté de penser autrement". L’"Ancien Régime" commença a lutter contre la pensée et nous sommes alors passé dans une autre phase dans l’histoire de la liberté de pensée, qui présumait la possibilité de la pensée non-orthodoxe, et de l’action révolutionnaire. Ainsi, pendant 200 ans, nous avons lutté face aux conséquences de ces changements.

C’était hier et c’est aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous entamons une nouvelle ère dans l’histoire de la race humaine. Nous construisons un système nerveux unique qui englobera tout esprit humain. Nous sommes à moins de deux générations aujourd’hui aujourd’hui, du moment où tout être humain sera connecté à un réseau unique, où toute pensée, plan, rêve ou action

sera un influx nerveux de ce réseau. Et le destin de la liberté de pensée, ou plus largement le destin de toute liberté humaine, tout ce pour quoi nous avons combattu pendant plus de mille ans dépendra de l’anatomie des neurones de ce réseau. Nous sommes la dernière génération d’êtres humains qui aura été formée sans contact avec le Net. À dater de ce jour, tout nouvel être humain, et dans deux générations tout cerveau de l’humanité aura été formée, depuis sa plus tendre enfance, en connexion directe avec le réseau. L’humanité deviendra un super-organisme, dans lequel chacun de nous sera un neurone de ce cerveau. Et nous le décrivons aujourd’hui, maintenant, tous que nous sommes, en ce moment, cette génération, unique dans l’histoire de l’humanité. Cette génération décidera de comment le réseau sera organisé.

Hélas nous commençons mal.

Voici le problème.

Nous avons grandi en étant des consommateurs de media, c’est ce qu’ils nous ont appris, que nous étions consommateurs de media, mais maintenant les media nous consomment.

Les choses que nous lisons nous regardent en train de les lire. Les choses que nous écoutons nous écoutent les écouter. Nous sommes tracés, nous sommes contrôlés : les médias que nous utilisons nous prédisent. Le processus de construction du réseau a gravé dans le marbre les principes de bases de transport de l’information. Il détermine s’il existe quelque chose comme une lecture anonyme. Et il a choisi de se construire contre la lecture anonyme.

Il y a 20 ans, j’ai commencé à travailler comme avocat pour un homme nommé Philippe Zimmermann, qui avait alors créé une sorte de cryptographie à clé publique destinée au grand public, nommée Pretty Good Privacy (PGP). L’effort effectué pour créer PGP était équivalent à essayer de conserver la possibilité du secret en cette fin de 20e siècle. Phil essayait alors d’interdire au gouvernement de tout surveiller. Conséquence de cela, il fut au moins menacé d’un procès par le gouvernement des États-Unis, pour avoir partagé des secrets militaires, car c’est ainsi qu’on surnommait la cryptographie à clé publique à l’époque. Nous avions dit "Vous ne devriez pas faire cela, il y aura des milliards de dollars en commerce électronique, si tout le monde peut utiliser une cryptographie forte" mais personne n’était intéressé. Mais ce qui était important au sujet de Pretty Good Privacy, au sujet de la lutte pour la liberté que la cryptographie à clé publique représentait pour la société civile, ce qui était crucial devint clair quand nous avons commencé à gagner.

En 1995, il y a eu un débat à la faculté de droit de Harvard. Nous étions 4 à discuter du futur de la cryptographie à clé publique et de son contrôle. J’étais du côté que je suppose être celui de la liberté, c’est ici que j’essaye toujours d’être Avec moi, à ce débat se trouvait un homme nommé Daniel Weitzner, qui travaille aujourd’hui à la Maison Blanche, et s’occupe de la régulation de l’Internet pour Obama. En face de nous se trouvait le procureur général des États-Unis, et avocat dans le privé, nommé Stewart Baker, qui était avant conseiller en chef de l’Agence de la Sécurité Nationale (NSA), ceux qui nous écoutent, et qui, dans le privé, aidait des entreprises à gérer ceux qui les écoutent. Il devint ensuite responsable de la politique général du Department de la Sécurité Intérieure (DHS), des États-Unis et est responsable d’une bonne partie de ce qui nous est arrivé sur Internet après 2001.

Et donc, nous 4 venions de passer 2 heures agréables à débattre du droit à la cryptographie, et à la fin, il y avait une petite fête au club de la faculté de droit d’Harvard, et enfin, après la fin du repas, quand il ne resta plus grand chose sur la table Stuart dit :

"Allons messieurs, maintenant que nous sommes entre nous, telles des femmes, libérons nos chevelures" Il n’avait déjà plus beaucoup de cheveux à cette époque mais il les a libérés... "Nous n’emmènerons pas au tribunal votre client, M Zimmermann, dit-il. La cryptographie à clé publique sera bientôt libre. nous avons mené une longue bataille perdue d’avance contre elle, mais ce n’était qu’un gain de temps", puis il regarda autour de la pièce et dit : "mais personne ne s’imagine rester anonyme désormais n’est-ce pas ?"

Un frisson descendit dans ma colonne vertébrale, et je pensais alors "ok Stuart, désormais je sais que tu passeras les 20 prochaines années à essayer d’éliminer l’anonymat dans la société humaine, et je passerais ce temps à essayer de t’empêcher de le faire, nous verrons bien où cela nous mènera."

Et cela nous a amené au pire.

Nous n’avons pas intégré l’anonymat quand nous avons construit le net. C’était une erreur dont nous payons maintenant le prix. Notre réseau présume que vous pouvez être suivis par des mouchards en permanence. Et en utilisant le Web nous avons fabriqué Facebook. Nous avons mis une seule personne au milieu de tous les échanges. Nos vies sociales et nos vies privées sont sur le Web, et nous partageons tout avec nos amis mais aussi avec notre « super-ami. » Celui qui nous surveille à ceux qui le construisent ceux qui le paient ceux qui l’aident ou ceux qui lui donnent les centaines de milliards de dollars qu’il désire.

Nous sommes en train de créer un média qui nous consomme et qui aime ça.

Le but principal du commerce au 21e siècle est de prévoir comment nous faire acheter des choses. Et la chose principale que les gens veulent que nous achetions c’est de la dette. Et nous nous endettons, nous nous chargeons de plus de dettes de plus de doutes de plus de tout ce dont nous avons besoin sans que nous le sachions jusqu’à ce qu’ils ne nous disent que nous pensions à ces choses car ils possèdent la barre de recherche, et nous mettons nos rêves dedans.

Tout ce que nous voulons. tout ce que nous espérons tout ce que nous aimerions tout ce que nous aimerions savoir est dans la barre de recherche, et ils la possèdent. Nous sommes surveillés partout tout le temps.

Au 20e siècle il fallait construire Loubianka il fallait torturer des gens il fallait les menacer il faillait les oppresser pour qu’ils vous informent sur leurs amis. Je n’ai pas besoin de parler de ça à Berlin. Au 21e siècle pourquoi se donner tant de mal ? Il suffit de construire un réseau social et tous les gens vous fournissent des informations sur tous les autres gens. Pourquoi gâcher du temps et de l’argent avec des immeubles pleins d’employés qui vérifient qui est qui sur les photographies. Proposez à tout le monde de tagger leurs amis et Bing ! Le travail est fait ! Oops, est-ce que j’ai utilisé ce mot ? Bing ! Le travail est fait !

Il y a une barre de recherche et ils la possèdent et nous y collons nos rêves et ils les mangent !

Et ils nous renvoient immédiatement qui nous sommes "Si vous avez aimé ça vous allez adorer ceci !" Et c’est le cas.

Ils nous calculent. Les machines le font. Chaque fois que vous créez un lien vous apprenez quelque chose à la machine. Chaque fois que vous faites un lien à propos de quelqu’un vous apprenez quelque chose à la machine à propos de cette personne. Il faut que nous construisions ce réseau il faut que nous construisions ce cerveau c’est le plus grand but de l’humanité nous sommes en train de le réaliser mais nous n’avons pas le droit de le faire mal.

Autrefois les erreurs technologiques étaient des erreurs nous les commettions elles étaient les effets non intentionnels de nos comportements fautifs mais les choses ont changé aujourd’hui.

Les choses qui ne tournent pas bien ne sont pas des erreurs elles sont conçues comme ça. C’est leur but et leur but c’est de décoder la société humaine.

Je parlais avec un responsable du gouvernement des États Unis il y a quelques semaines de cela « Notre gouvernement s’est mal conduit. » Nous avions des règles que nous avions créées après le 11 septembre ces règles disaient « Nous garderons les données concernant les gens et parmi ces gens certains seront innocents ils ne seront suspects de rien. » Les règles conçues en 2001 disaient « Nous conserverons ces données sur des gens qui ne sont suspects de rien pour une durée maximale de 180 jours après quoi nous les détruirons. »

En mars, au milieu de la nuit, un mercredi, après que tout soit éteint, alors qu’il pleuvait, le Ministère de la Justice et le directeur du Renseignement National des États-Unis ont dit « Oh, nous changeons ces règles. Un petit changement. Nous disions avant que la durée de conservation des données concernant les personnes non suspectes était au maximum de 180 jours nous changeons ça légèrement à 5 ans. » Ce qui correspond à l’éternité

J’ai plaisanté avec l’avocat avec lequel j’étais à New-York ils ont écrit 5 ans dans le communiqué de presse parce qu’ils n’arrivaient pas à avoir le 8 de côté dans la police pour le communiqué de presse autrement ils auraient simplement dit l’infini qui est ce qu’ils pensaient.

Et donc, j’avais cette discussion avec un responsable gouvernemental que je connais depuis plusieurs années qui travaille à la Maison Blanche et je lui ai dit « Vous changez la société américaine. » Il a répondu « Hé bien, nous sommes arrivés à la conclusion que nous avons besoin d’un graphe social robuste de la population des États-Unis. » J’ai dit « Vous avez besoin d’un graphe social robuste de la population des États-Unis ? » Il a dit : « Oui » J’ai dit : « Vous voulez dire que le gouvernement des États-Unis d’Amériques va, à partir de maintenant, tenir une liste des gens que chaque américain connaît. Est-ce que vous ne pensez pas que cela nécessiterais une loi ? » Il a simplement rit parce qu’ils l’avaient fait dans un communiqué de presse au milieu de la nuit un mercredi pendant qu’il pleuvait.

Si nous n’agissons pas rapidement nous allons vivre dans un monde dans lequel nos médias se nourriront de nous et nous balancerons au gouvernement. Cet endroit sera du jamais vu et si nous le laissons arriver nous ne verrons plus jamais autre chose que cela. L’humanité aura été ligotée et les médias se nourriront de nous et nous balancerons au gouvernement. Et l’État possèdera nos esprits.

Le futur ex-président de la République Française a fait campagne le mois dernier sur une proposition selon laquelle il y devrait y avoir des peines criminelles contre la visite répétée de sites djihadistes. C’était une menace de criminaliser la lecture en France. Bon, il sera bientôt l’ancien président de la France mais ça ne signifie pas que ce sera une ancienne idée en France Pas du tout

La criminalisation de la lecture a bien avancé. Aux États-Unis d’Amériques dans ce que nous appelons les procès terroristes nous voyons désormais souvent des recherches Google faites par les personnes soumises comme preuves de leur comportement criminel. La recherche de la connaissance est devenue une preuve dans les procès de terrorisme organisé. Nous rendons criminel l’acte de penser, lire et chercher. Nous le faisons dans des sociétés soit-disant libres nous le faisons malgré le premier amendement nous le faisons en dépit des leçons de notre histoire parce que nous oublions alors même que nous apprenons.

Nous n’avons pas beaucoup de temps. La génération qui a grandi hors du Net est la dernière qui peut le réparer sans violence.

Tous les gouvernements de la planète sont tombés amoureux de l’idée qu’ils peuvent faire du datamining avec leurs populations. Je pensais auparavant que nous allions combattre le Parti Communiste Chinois durant la 3e décennie du 21e siècle. Je n’avais pas prévu que nous aurions à combattre le gouvernement des États-Unis d’Amériques ET le gouvernement de la République Populaire de Chine et quand Mme Kroes sera ici vendredi peut-être lui demanderez-vous s’il faudra la combattre elle aussi.

Les gouvernements sont tombés amoureux du datamining car ça fonctionne vraiment très bien. C’est efficace. C’est efficace pour les bonnes causes autant que pour les mauvaises causes. C’est efficace pour aider les gouvernements à comprendre comment fournir des services. C’est efficace pour aider les gouvernements à comprendre quels sont les problèmes futurs. C’est efficace pour aider les politiciens à comprendre comment les votants vont réfléchir. Mais ça rend aussi possible des types de contrôle social qui étaient avant ça très compliqués très coûteux et très pénible pour des méthodes très simples et très efficaces.

Il n’est plus nécessaire de maintenir des réseaux imposants d’informateurs comme je l’ai déjà dit. La Stasi ne coûterait plus rien si elle revenait, car Suckerberg fait le boulot à sa place.

Mais au delà de la simple facilité à surveiller au delà de la conservation des données, c’est la persistance de vivre après le temps où l’on oubliait : plus rien ne disparaît jamais. Ce qui n’est pas compris aujourd’hui le sera demain. Le trafic chiffré que vous utilisez aujourd’hui dans des conditions de sécurité relatives est en attente jusqu’à ce qu’il y en ait suffisamment pour que la crypto-analyse marche pour que les décodeurs réussissent à le décrypter. Il va falloir que nous refassions toutes nos règles de sécurité tout le temps pour l’éternité car aucun paquet chiffré ne sera plus jamais perdu.

Rien n’est déconnecté indéfiniment seulement temporairement chaque bribe d’information peut être conservée et tout est éventuellement lié à quelque chose d’autre c’est la logique des responsables gouvernementaux qui disent : « Il nous faut un graphe social robuste de la population des États-Unis d’Amériques. » Pourquoi en avez-vous besoin ? Parce que les points non connectés aujourd’hui seront connectables demain ou l’an prochain ou le suivant. Rien n’est jamais perdu, rien ne disparaît rien n’est plus oublié.

Donc, la forme primaire de collecte qui devraient nous inquiéter le plus est que les médias nous espionnent pendant que nous les utilisons. Les livres qui nous regardent les lire, la musique qui nous écoute en train de l’écouter. Les moteur de recherche qui surveillent ce que nous recherchons pour ceux qui nous recherchent et ne nous connaissent pas encore.

Les gens parlent beaucoup des données qui sortent de Facebook : Est-ce qu’elles sortent pour moi ? Est-ce qu’elles sortent pour lui ? Est-ce qu’elles sortent pour eux ? Ils veulent que vous pensiez que la menace est que les données sortent. Vous devriez savoir que la menace c’est le code qui entre.

Sur les 50 dernières années ce qu’il s’est passé dans l’informatique d’entreprise c’est l’addition de cette couche d’analyse de données au dessus des stockages de données on la nomme dans l’informatique d’entreprise l’« informatique décisionnelle ».

Ce qui signifie que vous avez construit ces vastes stockages de données dans votre entreprise depuis 10 ou 20 ans vous disposez uniquement d’informations au sujet de vos propres opérations vos fournisseurs, vos concurrents, vos clients désormais vous voulez que ces données fassent de la magie. En les combinant avec les sources de données ouvertes disponible dans le monde en les utilisant pour répondre à des questions que vous ignoriez vous poser. C’est ça l’informatique décisionnelle.

La menace réelle de Facebook c’est l’informatique décisionnelle à l’intérieur des données de Facebook. Les stockages de données de Facebook contiennent les comportements pas seulement la pensée mais aussi le comportement de près d’un milliard de personnes. La couche d’informatique décisionnelle au dessus de ça laquelle est simplement tout le code qu’ils peuvent faire tourner en étant couverts par les règles d’utilisation qui disent « Ils peuvent faire tourner tout le code qu’ils veulent pour améliorer l’expérience ». L’informatique décisionnelle sur Facebook c’est là que tous les services de renseignements du globe veulent être.

Imaginez que vous soyez une petite organisation de services secrets dans une quelconque pays sans importance. Mettons-nous à leur place appelons-les je ne sais pas moi, disons, « kirghista ». Vous êtes les services secrets vous êtes dans le « business des gens » les services secrets sont le « business des gens »

Il ya plusieurs catégories de gens dont vous avez besoin vous avez besoin d’agents, de sources, vous avez des adversaires, et vous avez des gens influençables, des gens que vous torturez qui sont reliés aux adversaires femmes, maris, pères, filles vous voyez ce genre de gens.

Donc vous cherchez ces catégories de gens. Vous ignorez leurs noms, mais vous savons à quoi ils ressemblent vous savez qui vous pourriez recruter en tant qu’agent vous savez qui sont les sources potentielles vous connaissez les caractéristiques sociales de vos adversaires, et dès que vous connaissez vos adversaires vous pouvez trouver les influençables.

Donc ce que vous voulez faire c’est faire tourner du code dans Facebook. cela va vous aider à trouvez les personnes dont vous avez besoin cela va vous montrer les personnes dont les comportements et les cercles sociaux vous indiquent qu’ils sont ce dont vous avez besoin qu’il s’agisse d’agents, de sources quels sont leurs adversaires et qui vous pouvez torturer pour les atteindre.

Donc vous ne voulez pas sortir des données de Facebook le jour où ces données sortent de Facebook elles sont mortes. Vous voulez mettre du code dans Facebook et le faire tourner là bas et avoir les résultats vous voulez coopérer.

Facebook veut être un media ils veulent posséder le Web ils veulent que vous poussiez des boutons "J’aime". Les boutons "J’aime" sont effrayantes même si vous n’appuyez *pas* dessus ce sont des mouchards sur le web parce qu’ils indiquent à Facebook toutes les autres pages web que vous consultez contenant un bouton "J’aime" que vous appuyez dessus ou pas ils ont un enregistrement qui indique : "Vous avez consulté une page, qui intégrait une bouton J’aime" et soit vous dites oui soit vous dites non. Mais dans les deux cas, vous avez généré une donnée vous avez informé la machine.

Or donc, ce média veut mieux vous connaître que vous ne vous connaissez vous-même et nous ne devrions laisser personne faire ça.

Nous avons combattu pendant mille ans pour l’espace intérieur, cet espace dans lequel nous lisons, pensons, réfléchissons et devenons non-orthodoxe à l’intérieur de nos propres esprits. C’est cet espace que tout le monde veut nous prendre. "Dites-nous quels sont vos rêves dites-nous quelles sont vos pensées, dites-nous ce que vous espérez, dites-nous ce qui vous effraie." Ce n’est pas une confession privée hebdomadaire. C’est une confession 24h/24.

Le robot mobile que vous transportez avec vous celui qui sait où vous vous trouvez en permanence et écoute chacune de vos conversations. Celui dont vous espérez qu’il ne rapporte à aucun centre de commandes mais ce n’est qu’un espoir. Celui qui fait tourner tous ces logiciels que vous ne pouvez ni lire, ni étudier, ni voir, ni modifier, ni comprendre. Celui là, celui là même, écoute vos confessions en permanence.

Quand vous le tenez devant votre visage désormais il va connaître votre rythme cardiaque. C’est une appli Android, dès maintenant les changements minimes de la couleur de votre visage révèlent votre fréquence cardiaque. C’est un petit détecteur de mensonges que vous transportez avec vous. Bientôt je pourrais de mon siège dans une salle de classe observer la pression sanguine de mes étudiants monter et descendre. Dans bon nombre de salles de classes aux États-Unis d’Amériques c’est une information de première importance

Mais il ne s’agit pas de moi, bien sûr, il s’agit de tout le monde, n’est-ce pas ? Car il s’agit seulement de données et des gens qui y ont accès.

L’intérieur de votre tête devient l’extérieur de votre visage devient l’intérieur de votre smartphone devient l’intérieur du réseau devient le premier fichier du dossier au centre de commandes.

Nous avons donc besoin de médias libres ou nous perdons la liberté de pensée c’est aussi simple que ça.

Que signifie un média libre ? Un média que vous pouvez lire auquel vous pouvez penser auquel vous pouvez faire des ajouts auquel vous pouvez participer sans être suivi sans être surveillé sans qu’il y ait de rapports sur votre activité. C’est cela un média libre. Et si nous n’en avons pas, nous perdons la liberté de penser peut-être pour toujours.

Avoir un média libre signifie avoir un réseau qui se comporte conformément aux besoins des gens situés à la marge. Et pas conformément aux besoins des serveurs situés au cœur.

Construire un média libre requiert un réseau de pairs pas un réseau de maîtres et de serviteurs pas un réseau de clients et de serveurs pas un réseau où les opérateurs de réseaux contrôlent tous les paquets qu’ils font transiter. Ce n’est pas facile mais c’est encore possible.

Nous avons besoin de technologie libre La dernière fois que j’ai donné une conférence politique à Berlin c’était en 2004, elle était intitulée "die Gedancken sind frei" J’y disais : « nous avons besoin de 3 choses :

- des logiciels libres

- du matériel libre

- de la bande passante libre. »

Maintenant nous en avons encore plus besoin 8 années ont passé nous avons fait des erreurs, les problèmes sont plus conséquents, nous n’avons pas avancé, nous avons régressé.

Nous avons besoin de logiciels libres, c’est à dire des logiciels que l’on peut copier modifier et redistribuer. Nous en avons besoin parce que nous avons besoin que le logiciel qui fait fonctionner le réseau soit modifiable par les personnes qui utilisent ce réseau / que le réseau étreint. / comprises dans le réseau.

La mort de M. Jobs est un événement positif. Je suis désolé de vous l’annoncer de la sorte. C’était un grand artiste et un monstre sur le plan moral, Et il nous a rapproché de la fin de la liberté à chaque fois qu’il a sorti quelque chose parce qu’il détestait partager. Ce n’était pas de sa faute, c’était un artiste. Il détestait partager parce qu’il croyait qu’il avait tout inventé même si ce n’était pas le cas. À l’intérieur de toutes ces coques fines portant un logo Apple que je vois partout dans la salle il y a des morceaux de logiciels libres modifiés pour *lui* donner le contrôle rien d’illégal rien de mal il respecte la licence il nous a baisé à chaque fois qu’il pouvait et il a pris tous ce que nous lui avons donné et il a fait des choses jolies qui contrôlent leurs utilisateurs.

Autrefois, il y avait un homme ici qui construisait des choses, à Berlin pour Albert Speer (NdT : un haut responsable du Troisième Reich) son nom était Philip Johnson (NdT : un architecte américain) et il était un brillant artiste et un monstre sur le plan moral Et il disait qu’il était venu travailler à construire des immeubles pour les nazis parce qu’ils avaient tous les meilleurs graphismes. Et il le pensait, parce qu’il était un artiste, tout comme M. Jobs était un artiste. Mais être artiste n’est pas une garantie de moralité.

Nous avons besoin de logiciels libres Les tablettes que vous utilisez, que M. Jobs a conçu sont faites pour vous contrôler vous ne pouvez pas modifier le logiciel il est même difficile de faire de la simple programmation. Ce n’est pas vraiment un problème, ce ne sont que des tablettes nous ne faisons que les utiliser nous ne faisons que consommer la gloire de ce qu’elles nous apportent mais elles vous consomment aussi.

Nous vivons comme la science fiction que nous lisions lorsque nous étions enfants suggérait que nous serions parmi les robots à ce jour nous vivons communément avec des robots mais ils n’ont pas de bras ou de jambes nous sommes leurs bras et leurs jambes nous transportons les robots partout avec nous ils savent où nous allons ils voient tout ce que nous voyons tout ce que l’on dit, ils l’écoutent et il n’y a pas de première loi de la robotique. Ils nous font du mal, tous les jours. Et il n’y a aucun réglage pour empêcher cela

Nous avons donc besoin de logiciels libres. À moins que nous ne contrôlions le logiciel du réseau le réseau finira par nous contrôler.

Nous avons besoin de matériels libres. Cela signifie que lorsque nous achetons un bidule électronique il devrait être le nôtre pas celui de quelqu’un d’autre. Nous devrions être libre de le modifier, de l’utiliser comme il nous plaît, pour garantir qu’il ne travaille pas pour quelqu’un d’autre que nous même. Bien sûr la plupart d’entre nous ne modifiera jamais rien, mais le fait que nous pouvons le modifier nous met en sécurité.

Bien sûr nous ne serons jamais la personne qu’ils veulent le plus surveiller.

L’homme qui ne sera pas président de la France pour sûr, mais qui pensait qu’il le serait, dit à présent qu’il a été piégé et que sa carrière politique détruite non pas parce qu’il a violé une femme de chambre mais parce qu’il a était manipulé en espionnant dans son smartphone. Peut-être qu’il dit la vérité peut-être que non. Mais il n’a pas tort pour ce qui est du smartphone. Peut-être que c’est arrivé, peut-être que non mais ça arrivera.

Nous transportons de dangereuses choses avec nous partout où nous allons elles ne travaillent pas pour nous elles travaillent pour quelqu’un d’autre. Nous acceptons cela nous devons arrêter.

Nous avons besoin de bande passante libre. Cela signifie que nous avons besoin d’opérateurs réseaux qui sont des transports en commun dont le seul travail et de déplacer les paquets réseaux d’un point A à un point B. Ce sont presque des tubes ils ne sont pas autorisés à être impliqués.

Il était de coutume, lorsque qu’un colis était transporté d’un point A à un point B, que si le gars au milieu / que si le type au milieu (un type/un gars/un gus) ? l’ouvrait et regardait ce qu’il contenait, il commettait un crime.

Plus maintenant Aux États-Unis d’Amérique la chambre des représentants a voté la semaine dernière que les opérateurs réseaux, aux États-Unis d’Amériques, devaient être intégralement immunisés des poursuites judiciaires pour coopération d’espionnage illégal de gouvernement pour autant qu’ils l’ont fait « de bonne foi ».

Et le capitalisme signifie que vous n’avez jamais à dire que vous êtes désolé, vous êtes toujours de bonne foi. De bonne foi tout ce que nous voulons faire c’est de l’argent M. le président (NdT : du tribunal) laissez nous dehors. Très bien, vous êtes libres.

Nous devons avoir de la bande passante libre. Nous possédons encore le spectre électromagnétique il appartient encore à nous tous il n’appartient à personne d’autre. Le gouvernement est un mandataire, pas un propriétaire. Nous devons avoir un spectre que nous contrôlons égal pour tous. Personne n’est autorisé à écouter quelqu’un d’autre, pas d’inspection, pas de vérification, pas d’enregistrement, cela doit être la règles. Cela doit être la règle de la même façon que la censure doit disparaître. Si nous n’avons pas de règle pour une communication libre alors nous réintroduisons de la censure, Qu’on le sache ou non.

Nous avons donc très peu de choix maintenant notre espace a rétréci nos possibilités pour changé ont diminuées.

Nous devons avoir des logiciels libres. Nous devons avoir des matériels libres. Nous devons avoir de la bande passante libre

Seulement avec eux nous pouvons faire des médias libre.

Mais nous devons travailler sur les médias aussi, directement, pas par intermittence, pas sans y faire attention. Nous devons demander aux organisations des médias d’obéir à des règles éthiques élémentaires. Une première loi des médias robotiques : ne fait aucun mal. La première règle est : ne surveille pas le lecteur. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où chaque livre signale chaque lecteur.

Si nous pouvons, nous vivons dans une bibliothèque gérée par le KGB. Enfin : amazon.com ou le KGB ou les deux ! Vous ne pourrez jamais savoir !

Le livre, cet objet imprimé merveilleux, ce premier produit du capitalisme de masse, le livre est en train de mourir. C’est une honte, mais il est en train de mourir. Et le remplaçant est une boîte qui soit surveille le lecteur ou pas.

Vous vous souvenez qu’amazon.com a décidé qu’un livre de Georges Orwell ne pouvait être distribué aux État-Unis d’Amérique pour des raisons de copyright et ils sont venus et l’ont effacé de chacune de toutes les liseuses d’amazon où le consommateur avait acheté des copies de la « Ferme des animaux ». « Ho, vous l’avez peut-être acheté mais cela ne signifie pas que vous être autorisé à le lire. » C’est de la censure. C’est de l’autodafé. C’est tout ce que nous avons vécu au 20e siècle. Nous avons brulé des gens, des maisons et l’art. Nous avons combattu. Nous avons tués des dizaines de millions de personnes pour mettre un terme à un monde dans lequel l’état aurait brulé les livres et ensuite nous nous en sommes souvenu comme ci c’était fini et encore et encore et maintenant nous nous préparons à autoriser que cela soit fait sans combats.

Partout tout le temps.

Nous devons avoir une éthique des médias et nous avons le pouvoir de faire appliquer cette éthique parce que nous sommes encore les personnes qui payent le fret. Nous ne devrions pas commercer avec des gens qui vendent des livres sous surveillance. Nous ne devrions pas commercer avec des gens qui vendent de la musique sous surveillance. Nous ne devrions pas commercer avec les sociétés cinématographiques qui vendent des films sous surveillance. Nous allons devoir dire cela même si nous travaillons sur la technologie.

Parce qu’autrement le capitalisme va agir aussi vite que possible pour rendre nos effort de liberté caducs. Et il y a des enfants qui grandissent qui ne sauront jamais ce que « liberté » signifie.

Nous devons donc le promouvoir cela va nous coûter un peu pas beaucoup, mais un peu quand même. Nous allons devoir oublier et faire quelques sacrifices dans nos vies pour faire appliquer cette éthique aux médias Mais c’est notre rôle. De même que faire des technologies libre c’est notre rôle. Nous sommes la dernière génération capable de comprendre directement ce que sont ces changements car nous avons vécu des deux côtés de ces changements et nous savons Nous avons donc une responsabilité. Vous comprenez cela.

C’est toujours une surprise pour moi néanmoins vrai que de toutes les villes du monde où j’ai voyagé Berlin est la plus libre. Vous ne pouvez pas porter de chapeau dans l’aéroport de Hong-Kong plus maintenant. Je l’ai découvert le mois dernier en essayant de porter mon chapeau dans l’aéroport de Hong-Kong. « Vous n’y êtes pas autorisé, ça perturbe le système de reconnaissance faciale ». Il va y avoir un nouvel aéroport ici sera-t-il tellement surveillé que vous ne serez pas autorisé à porter un chapeau parce que cela perturbe le système de reconnaissance faciale ?

Nous avons une responsabilité, nous savons. C’est comme ça que Berlin est devenue la ville la plus libre où j’ai pu me rendre parce que nous savons parce que nous avons une responsabilité parce que nous nous souvenons parce que nous avons été des deux côtés du mur. Cela ne doit pas être perdu maintenant. Si nous oublions, plus aucun oubli ne sera jamais possible. Tout sera mémorisé. Tout ce que vous avez lu, durant toute votre vie, tout ce que vous avez écouté, tout ce que vous avez regardé, tout ce que vous avez cherché.

Sûrement nous pouvons transmettre à la prochaine génération un monde libre de tout ça. Sûrement nous devons Que se passera-t-il si nous ne le faisons pas ? Que diront-ils lorsqu’ils réaliseront que nous avons vécu à la fin d’un millénaire de lutte pour la liberté de penser ?

Au final alors que nous avions presque tout on a tout laissé tombé, par commodité, pour un réseau social, parce que M. « Suceurberg » nous l’a demandé parce que nous n’avons pas trouvé de meilleur moyen pour parler à nos amis. Parce que l’on a aimé ces belles petites choses si chaleureuses dans notre main.

Parce que nous n’avions pas vraiment prêté attention à l’avenir de la liberté de penser ?

Parce que nous avions considéré que c’était le travail de quelqu’un d’autre. Parce que nous avions pensé que c’était acquis. Parce que nous pensions être libres. Parce que nous n’avions pas pensé qu’il rester des luttes à terminer. C’est pourquoi nous avons tout laissé tombé.

Est-ce que c’est ce que nous allons leur dire ? Est-ce que c’est ce que nous allons leur dire ?

La liberté de penser exige des médias libres. Les médias libres exigent une technologie libre. Nous exigeons un traitement éthique lorsque nous lisons, lorsque nous écrivons, lorsque nous écoutons, et lorsque nous visionnons.

Cela est la substance de nos politiques. Nous devons conserver ces politiques jusqu’à notre mort. Parce que dans le cas contraire, quelque chose d’autre va mourir. Quelque chose de tellement précieux que beaucoup, beaucoup, beaucoup de nos pères et nos mères y ont donné leur vie. Quelque chose de tellement précieux que nous sommes d’accord pour dire qu’il est la définition de ce qu’est un être humain. Il mourra si nous ne maintenons pas ces politiques pour le restant de nos jours.

Et si nous les maintenons, alors toutes les choses pour lesquelles nous avons lutté se réaliserons parce que partout sur la planète chaque personne pourra lire librement. Parce que tous les Einsteins des rues auront le droit d’apprendre. Parce que tous les Stravinskys deviendront des compositeurs. Parce que tous les Socks deviendront des chercheurs en physique. Parce que l’humanité sera connecté et que chaque esprit sera autorisé à apprendre et aucun esprit ne sera écrasé pour avoir mal pensé.

Nous sommes à un moment décisif ou nous devons choisir de soutenir cette grande révolution que nous avons bâtie sur nos aïeux bit après bit depuis un millénaire ou de tout laisser tomber, par commodité, par simplicité de parler avec nos amis, pour la rapidité des recherches, ou d’autres choses vraiment importantes...

Je disais en 2004 ici même et je le redis maintenant : « Nous pouvons vaincre. Nous pouvons être la génération de gens qui ont terminé le travail de construire la liberté de penser ».

Je ne l’ai pas dis alors, mais je dois le faire maintenant que nous sommes aussi potentiellement la génération qui aura perdue.

Nous pouvons régresser dans une inquisition pire que toutes les inquisitions qui ont jamais existé. Elle n’usera peut-être pas tant de torture, elle ne sera peut-être pas aussi sanguinaire, mais elle sera bien plus efficace. Et nous ne devons absolument pas laisser cela arriver

Trop de gens se sont battus pour nous. Trop de gens sont mort pour nous. Trop de gens ont espéré et rêve pour ce que nous pouvons encore réaliser.

Nous ne devons pas échouer. Merci beaucoup.

Questions / Réponses

Apprenons à répondre aux questions maintenant cela ne va pas être simple mais faisons bon exemple.

Q : Merci. Vous avez dépeint un possible avenir vraiment horrible. Pouvez-vous nommer des organisations ou groupes aux États-Unis d’Amérique qui soutiennent des actions allant dans votre sens dans votre vision positive de transformer la société ?

R : Pas seulement aux États-Unis d’Amérique mais partout dans le monde nous avons des organisations qui se préoccupent des libertés numériques.

L’EFF, l’« Electronic Frontier Foundation » aux États-Unis d’Amérique, La « Quadrature du Net » en France, « Bits of Freedom » aux Pays-Bas et j’en passe.

Les mouvements pour la liberté numérique sont extrêmement importants Les pressions sur les gouvernements pour qu’ils obéissent à des règles issues du 18è siècle concernant la protection de la dignité humaine et la prévention de la surveillance étatique sont cruciales. Malheureusement le travail sur les libertés numériques contre les gouvernements n’est pas suffisant.

Le mouvement des logiciels libres La FSF, « Free Software Foundation » aux États-Unis d’Amérique et la « Free Software Foundation Europe » dont le siège est en Allemagne font un travail important pour maintenir un système de création de logiciel anarchique qui nous a apporté tellement de technologie que l’on peut contrôler nous-même. C’est crucial.

Le mouvement « Creative Commons » qui est très ancré non seulement aux États-Unis d’Amérique et en Allemagne mais aussi dans plus de 40 pays autour du monde est aussi extrêmement important parce que les licences « Creative Commons » donnent aux créateurs des alternatives au système de masse sur-contrôlé qu’est le copyright qui rend la surveillance des médias profitable.

L’encyclopédie libre « Wikipedia » est une institution humaine extrêmement importante et nous devons continuer de soutenir la fondation « Wikimedia » autant que faire ce peut. Sur les cent sites web les plus visités aux États-Unis d’Amérique dans une étude menée par le « Wall Street Journal », sur les cent sites web les plus visités aux États-Unis d’Amérique seulement un ne surveille pas ses utilisateurs. Je vous laisse deviner qui c’est ? C’est Wikipedia.

Nous avons un énorme travail qui se déroule maintenant à travers le monde dans l’enseignement supérieur. Maintenant que les universités commencent à réaliser que le coût de l’enseignement supérieur doit baisser et que les esprits vont grandir dans la toile

La « UOC », l’« Open University of Catalonia » est l’université uniquement en ligne la plus extraordinaire dès maintenant. Elle va bientôt entrer en compétition avec d’autres universités extraordinaires pour l’instant. « MITX » , le nouveau programme d’éducation web de la « Massachussets Institute of Technology » va fournir des cours de la plus haute qualité technique du monde, librement pour tout le monde, partout, tout le temps bâtis sur le logiciel ouvert éducatif existant du MIT. Stanfort va adapter une structure de e-learning privateur que sera le google de l’éducation supérieure si Stanford a de la chance.

Nous devons soutenir l’éducation libre sur Internet chaque ministère de l’éducation national européen devrait y travailler. Il y a beaucoup d’endroits où chercher des logiciels libres du matériel libre de la bande passante libre et des médias libres.

Il n’y a pas de meilleur endroit pour chercher des médias libres sur Terre, maintenant, que dans cette salle Tout le monde sait ce qu’il peut faire. Ils le font. Nous devons juste faire comprendre à tous les autres que si nous arrêtons ou si nous échouons la liberté de pensé en sera le prix et nous le regretterons pour toujours.

Q : Merci beaucoup Je voulais vous poser une petite question Est-ce que Facebook, iPhone et les médias libres peuvent coexister à long terme ?

A : Probablement pas Il ne faut pas trop s’inquiéter iPhone n’est qu’un produit Facebook n’est que la version commerciale d’un service J’ai récemment dit dans un journal à New-York que je pensais que Facebook continuerait d’exister pour une durée comprise entre 12 et 120 mois Je pense que c’est exact.

Les réseaux sociaux fédérés seront disponibles dans l’avenir. Les réseaux sociaux fédérés sous une forme qui vous permette de quitter Facebook sans quitter vos amis seront disponibles dans l’avenir. De meilleurs moyens de communication sans une tierce partie qui vous espionne seront disponibles dans l’avenir.

La question sera : "Est-ce que les gens vont les utiliser ?"

La Freedom Box vise à produire une pile logicielle qui tiendrait dans une nouvelle génération de serveurs à bas coût et faible consommation de la taille d’un chargeur de téléphone mobile et si nous réussissons cette tâche nous serons capables de connecter des milliards de serveurs web au réseau qui nous serviront à fournir des services concurrents qui ne violeront pas la vie privée et qui seront compatibles avec les services existants

Mais votre téléphone mobile change fréquemment donc iPhone s’en va, pas de problème. Et les services web sont moins rares qu’ils n’en ont l’air maintenant. Facebook est une marque, ce n’est pas quelque chose dont il faut nous soucier en particulier il faut juste que nous fassions cela aussi vite que possible

Coexistence ? Tout ce que j’ai à en dire c’est qu’ils ne vont pas coexister avec la liberté. Je ne vois pas pourquoi je devrais coexister avec eux.

* applaudissements *

Q : Bonjour, je m’appelle [...] du Bangladesh Merci pour cette présentation formidablement informative et lucide. J’ai participé à l’introduction des emails au Bangladesh au début des années 90 à cette époque les connexions coûtaient très cher Nous dépensions 30 cents par kB donc un 1MB nous coûtait 300 dollars ça a changé depuis mais c’est toujours très encadré par les instances régulatrices et pour nous sur le terrain c’est très difficile car les pouvoirs en place les gardiens des clefs ont intérêt à maintenir cet état de fait mais dans ce réseau des gardiens des clefs il y a aussi un réseau entre mon pays et le votre. Et à l’heure actuelle la source de données la plus large en volume est le recensement du Bengladesh et la société qui le fournit est en lien direct avec la CIA. En tant qu’opérateurs, que pouvons-nous faire en attendant de pouvoir devenir des acteurs majeurs ?

A : C’est pourquoi j’ai commencé en parlant des comportements récents des États-Unis d’Amérique Mon collègue au Centre des Lois de Libertés Logicielles en Inde a passé beaucoup de temps le mois dernier à essayer de faire passer une motion par la chambre haute du Parlement Indien pour annuler la régulation par les services informatiques de la censure du Net Indien et bien sûr la bonne nouvelle c’est que la base de données la plus large en volume dans le monde sera bientôt les scans rétiniens que le gouvernement Indien va requérir si vous désirez avoir un cylindre fonctionnant au propane ou des choses telles que... l’énergie pour votre maison. Et les difficultés que nous avons rencontrés en parlant aux responsables gouvernementaux indiens est qu’ils disaient : "Si les Américains peuvent le faire pourquoi pas nous ?" Ce qui est malheureusement vrai

le gouvernement des États Unis d’Amérique a réduit cet hiver le niveau des libertés sur Internet de par le monde au sens où faire du datamining sur vos sociétés à un niveau chinois. Ils sont d’accords sur le principe. Ils vont tirer les vers du nez à leurs populations via le datamining et ils vont encourager tous les autres états sur Terre à en faire de même. Donc je suis entièrement d’accord avec vous sur la définition du problème Nous ne pouvons plus désormais vivre à un endroit à une période de notre histoire où nous pouvons penser les choses un pays à la fois.

La globalisation a atteint un point où ces questions de contrôle de la société sont des questions globales et nous avons à travailler dessus en partant du principe qu’aucun gouvernement ne décidera d’être plus vertueux que les superpuissances. Je ne sais pas comment nous allons pouvoir gérer le Parti Communiste Chinois. Je ne sais vraiment pas. Je sais comment nous allons gérer le gouvernement Américain. Nous allons insister sur nos droits. Nous allons faire ce qui fait sens aux États Unis d’Amérique nous allons combattre légalement nous allons mettre la pression, nous allons les bousculer, nous serons partout y compris dans la rue pour en parler.

Et je suspecte que c’est ce qui va se passer ici aussi. À moins que nous ne bougions les sociétés les plus importantes de la Terre nous n’avons aucune chance de convaincre les petits gouvernements qu’ils doivent abandonner leurs contrôles.

En ce qui concerne la bande passante, nous allons bien sur devoir utiliser de la bande passante non réglementée C’est à dire nous allons devoir construire autour des normes 802.11 et wifi, entre autres, que les règles ne nous empêchent pas d’utiliser. De quelle manière cela va-t-il permettre d’atteindre les plus pauvres ? Quand est-ce que le système de téléphone mobile sera créé pour atteindre les plus pauvres ? Je ne sais pas Mais j’ai un petit projet avec des enfants des rues a Bengalore en train d’y réfléchir.

Il le faut Nous devons travailler partout Si nous ne le faisons pas, Nous allons détruire tout ça, et on ne peut pas se le permettre

Q : Professeur Moglen, Je voudrais également vous remercier. Je reviens de ’transforming freedom’ à Vienne, et je peux vous dire qu’il y a quelques années, je vous ai vu parler sur une vidéo internet au Fosdem Et je vous avais vu attirer l’attention sur le role de Philipp Zimmermann, que nous avons aussi essayé d’aider. Et à vous écouter aujourd’hui Je vois que c’est trop lent, et trop peu.

Et je suis stupéfait par deux choses : la première est le système éducatif, que celui de l’Europe, a été fondé par Platon et a été fermé par la force environ mille ans plus tard. Le second départ d’une université européenne était aux alentours du 11ème siècle. On verra si on réussira à le faire fonctionner aussi longtemps qu’un millier d’années.

Ma question est pourquoi est-ce que ce n’est pas profondément ancré dans les structure du système éducatif d’aider la cause dont vous avez parlé aujourd’hui ?

Et pourquoi n’avons nous pas des philantropes aidant des petits projets. fonctionnant avec 3-4000 euros ici et là, bien plus efficacement comme par exemple ce que Mr Soros essaie de faire.

A : Il y a quelques années à Columbia, nous avons essayé d’intéresser l’université sur l’état de conservation de la bibliothèque, et j’ai vu plus d’intellectuels reconnus engagés politiquement dans ma propre université qu’à aucune autre moment pendant mes 25 ans ici Leur principale inquiétude était le vieillissement du papier sur lequel était imprimé des doctorats allemands du 19ème siècle qui contiennent plus de recherches philologiques qu’aucun autre endroit sur Terre.

N’est-ce pas ? Mais c’était des livres du 19ème siècle qu’ils devaient préserver.

Le problème avec la vie universitaire, c’est qu’elle est conservative par nature, car elle préserve la sagesse des anciens. Et c’est une bonne chose à faire. Mais la sagesse des anciens est ancienne, et elle ne prend pas nécessairement en compte parfaitement les problèmes du moment.

J’ai mentionné l’UOC parce que je pense que c’est important de soutenir l’Université quand elle se déplace vers Internet et qu’elle s’éloigne des formes d’apprentissage qui caractérise les universités du passé.

Pendant le dernier millénaire nous avons principalement déplacé les intellectuels vers les livres, et l’université s’est développée autour de ce principe. Elle s’est développée autour du principe que les livres sont difficiles à déplacer, alors les gens sont faciles à déplacer. Donc on y a amené tout le monde. Maintenant nous vivons dans un monde dans lequel il est beaucoup plus simple de déplacer le savoir plutôt que les personnes. Mais la continuité de l’ignorance est le désir des entreprises qui vendent le savoir.

Ce dont nous avons vraiment besoin est de commencer nous mêmes à aider le système universitaire à se transformer en quelque chose d’autre. Quelque chose qui permet à chacun d’apprendre, et qui permet d’apprendre sans surveillance.

La Commissaire à la Société de l’Information sera ici. Elle devrait parler de ça. Cela devrait être la grande question de la Commission Européenne. Ils le savent, ils ont sorti un rapport il y a 18 mois qui dit que pour le prix d’une centaine de kilomètres de routes, il peuvent scanner 1/6ème de tous les livres des bibliothèques européennes. Cela veut dire que pour le prix de 600 kilomètres de routes, nous pourrions tous les avoir !

Nous avons construit beaucoup de routes dans beaucoup d’endroits, y compris en Grèce, dans les dix dernières années. Et nous aurions pu scanner tous les livres en Europe pendant ce temps, et nous aurions pu les rendre disponibles pour toute l’Humanité, sans surveillance.

Si Mme Kroes veut construire un monument à son nom, ça ne sera pas en tant que politicienne au rabais Elle le fera de cette manière. Et vous allez le lui demander. Moi je serai dans un avion sur le chemin du retour à travers l’Atlantique. Sinon je vous promets que je lui aurai demandé moi même

Demandez lui pour moi Dites lui, "ce n’est pas notre faute, " "Eben veut savoir" "Si vous devez blesser quelqu’un" "c’est lui" Vous devriez changer l’Université européenne Vous devriez la modifier en une lecture sans surveillance. Vous devriez mettre en faillite Google Books et Amazon C’est une manière capitaliste Nord-américaine anglo-saxonne de jouer des coudes.

Pourquoi est-ce que nous ne rendons pas le savoir en Europe libre, et ne nous assurons pas qu’il n’est pas surveillé ? Cela serait le plus grand pas possible, et c’est en leur pouvoir.